MGF: renforcement de la qualité des données pour gagner le défi de l’abandon de la pratique.

MGF: renforcement de la qualité des données pour gagner le défi de l’abandon de la pratique.

Les chiffres font peur et la pratique ne recule pas, malgré les sanctions et la sensibilisation. Pour essayer de comprendre là où le bât blesse, les acteurs de la lutte contre les MGF se sont réunis pendant trois jours pour échanger sur les bonnes pratiques en matière de collecte de données de qualité à mettre en œuvre, afin d’espérer atteindre l’objectif de l’éradication des MGF en 2030. Du 30 juillet au 1er août, les discussions ont tourné autour de : « Enjeux et défis liés à la santé de la reproduction : pour un renforcement de la qualité des données sur les mutilations génitales féminines (MGF) ».

Au Sénégal, malgré l’interdiction de l’excision depuis la loi votée en 1999, on parle encore de 25 % des femmes âgées de 15 à 49 ans qui ont subi des mutilations génitales, avec une prévalence dans la région de Kédougou qui enregistre 90 % des cas. Ces chiffres traduisent aujourd’hui un recul évident des droits des femmes, qui subissent ces violences sous le prétexte de traditions à respecter et de foi mal interprétée.
Ils ont tous répondu présents à l’invitation de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Sénégal, dirigée par la professeure Amsatou Sow Sidibé : UNFPA, UNICEF, ONU-Femmes, The Girl Generation, CCDG, ANSD, les ministères de la Famille, de la Santé, de l’Éducation, de la Justice, la police, des chercheurs travaillant au quotidien sur la question, des journalistes alliés du combat, ainsi que des membres de la société civile…

Comprenant que l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques efficaces contre les MGF reposent principalement sur la disponibilité de données fiables, désagrégées, actualisées et contextualisées, cet atelier a été initié pour comprendre et corriger les défis qui empêchent les acteurs sur le terrain de produire une collecte systémique à travers des enquêtes nationales. Le constat est là : sans données fiables, il est impossible de trouver la formule adéquate à l’éradication de cette violation des droits à la santé et à la vie des filles et des femmes.

Sur le terrain, les acteurs se heurtent, lors des enquêtes, à la loi du silence, qui empêche les victimes de dénoncer leurs bourreaux. Même dans les hôpitaux, les agents ne coopèrent pas tous lors de la collecte et taisent les chiffres. La justice n’est pas en reste, car parfois, les magistrats se retrouvent avec les mains liées, pour diverses raisons, et relâchent dans la nature les coupables. Ces raisons, entre autres, biaisent le travail de collecte pour les acteurs et rendent impossible la mise à disposition de données de qualité.

Ces trois jours auront permis aux uns et aux autres de mettre sur la table les méthodes de collecte utilisées, les obstacles rencontrés, afin de trouver la stratégie qui permettra enfin une capitalisation des actions et l’atteinte des objectifs d’éradication.

Au sortir de cet atelier, des recommandations ont été faites et une feuille de route proposée. Les prochaines étapes permettront, à coup sûr, la matérialisation d’un plan d’action commun à toutes les parties prenantes pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Sénégal.

EVA RASSOUL B 

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