Quelle légitimité au dialogue du président sortant Macky Sall ? Par Khady SOW.

Quelle légitimité au dialogue du président sortant Macky Sall ? Par Khady SOW.

Le samedi 3 février, en après-midi, le Président sénégalais Macky Sall dans un discours à la Nation annulait la tenue des élections présidentielles, à quelques heures de la campagne électorale. Celle-ci devait s’ouvrir à minuit, le dimanche 4 février. Un précédent, sans commune mesure pour ce qui était une des rares démocraties en Afrique.

Le jeudi 15 février le Conseil constitutionnel, garant de la « constitutionnalité des lois, de l’équilibre des pouvoirs et à leur dévolution démocratique » a invalidé ledit report. Dans sa décision le Conseil renverse la dérogation à l’alinéa premier de l’article 31 de la Constitution aux termes duquel « le scrutin pour l’élection du Président de la République a lieu 45 jours francs au plus et 30 jours francs au moins avant la date de l’expiration du mandat du Président de la République en fonction ». Pour faire simple 45 à 30 jours avant la fin de son mandat (le 2avril 2024) des élections devraient être organisées pour se conformer à la constitution.

Le Président de la République sénégalaise prend acte de la décision du Conseil constitutionnel et promet d’organiser des élections, toujours « dans les meilleurs délais », un langage flou entretenu depuis un bon moment par le Chef de l’État Macky Sall. Face à la pression internationale suite à la mobilisation citoyenne, il multiplie les entrevues pour convaincre de sa bonne foi. Too little, too late me diriez-vous !
La toute dernière tentative, face à quelques journalistes sénégalais triés sur le volet, dont un de ses anciens conseillers en communication, n’éclaire pas plus. Bien au contraire, elle laisse plutôt transparaître une volonté encore très forte de tenir le processus électoral en otage.

J’ai regardé un président oscillant entre une froide colère, l’égarement et un air occasionnellement badin pour une question aussi importante que l’avenir démocratique de son pays. Un président sortant, qui exige un dialogue d’abord avec les candidats puis avec les autres acteurs politiques et sociaux pour des élections dont la tenue est rétablie et bien encadrée par l’organe exclusivement compétent pour apprécier la conformité des lois.
Un président qui assure mettre fin à son mandat le 2 avril comme attendu mais qui, d’un autre côté dit « je ne crois pas que cela soit possible de tenir les élections d’ici le 02 avril » et de surenchérir « maintenant s’il y a un consensus avec le dialogue, on pourra passer outre la loi…. » Passer outre la loi… des mots ahurissants, dans un État de droit. Le Président de la République n’a-t-il cure de la légalité et du respect des institutions de son peuple ? Se soucie-t-il de laisser le pays dans l’incertitude le 2 avril ou va-t-il nous sortir une autre entourloupe pour rester en « transition » en attendant qu’on accepte ses conditions avant d’organiser des élections?

Et, quelle légitimité a-t-il finalement à imposer un quelconque dialogue ? Le seul dialogue, ne devrait-il pas être avec les candidats dûment autorisés pour fixer une nouvelle date, dans les limites fixées par la constitution et rappelées par le Conseil constitutionnel, en tenant compte des jours perdus dans la campagne électorale ? Ne devrait-on pas plutôt parler de consultations ?

Ne fallait-il pas dialoguer il y a longtemps, de bonne foi et avec plus d’égards pour son opposition et les fameuses « forces vives de la nation », expression consacrée qu’on nous sert maintenant. On dialogue pour un futur gouvernement, des enjeux futurs à gérer, pour un avenir commun, pour restaurer et non pour céder le pouvoir.

Laisser le Sénégal le 2 avril dans une instabilité qu’on a entretenue et aller se dorer la couenne quelque part pendant que le pays est en crise serait d’une irresponsabilité sans précédent. Il y a une obligation morale de rendre le pays, au suivant, dans l’état où on le lui avait remis, dans une époque aussi troublée que la sienne. Faire autrement serait actuellement sortir par la plus petite porte de l’histoire politique du Sénégal.

On espère que le PR Macky Sall, fera appel à son égo, qui semble si important pour lui, et fixera une date pour les présidentielles conformément aux indications du Conseil constitutionnel. Pour l’avenir du Sénégal qui n’a que trop souffert de l’incertitude dans lesquelles ses dirigeants politiques le tiennent.

Khady Sow
PDG Opale Magazine
Chercheure Université Alberta/CSJ

 

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